Comprendre la Conférence des financeurs : une dynamique collective au service du bien-vieillir
La Conférence des financeurs (CFPPA) est une instance qui rassemble au niveau départemental :
- Le Conseil départemental
- Les caisses de retraite (CARSAT, MSA, RSI... selon les territoires)
- L’Agence Régionale de Santé (ARS)
- L’Agence nationale de l’habitat (Anah)
- Les représentants des usagers (associations, acteurs locaux…)
- D’autres partenaires selon les enjeux locaux
L’objectif ? Coordonner les financements et soutenir des actions concrètes en faveur de la prévention de la perte d’autonomie des seniors. À la croisée des politiques sociales, sanitaires et du logement, la Conférence joue un rôle d’impulsion et d’articulation des initiatives.
Les axes prioritaires de la prévention : vers une action globale
Les Conférences des financeurs ne se limitent pas à la seule dimension sanitaire. Leurs axes d’intervention se veulent globaux, en écho à la pluralité des facteurs de fragilité. Parmi les thèmes récurrents et prioritaires que l’on retrouve dans les diagnostics territoriaux et les plans d’action :
-
La prévention des chutes :
- En France, les chutes représentent la première cause de décès accidentels chez les plus de 65 ans (source : Santé Publique France, 2023).
- Actions typiques : ateliers d’équilibre, réaménagements de domicile, campagnes d’information...
-
L’adaptation du logement :
- Près de 2 millions de seniors vivent dans un habitat considéré comme inadapté (source : Anah, Rapport 2022).
- Soutien à la rénovation, aides techniques, diagnostics...
-
L’accès à la vie sociale et à la citoyenneté :
- Lutte contre l’isolement avec des espaces de convivialité, ateliers informatiques, ateliers mémoire, sorties culturelles, café-rencontres...
- Programme MONALISA (Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés), associatif ou institutionnel.
-
L’accompagnement à la mobilité et à l’activité physique :
- Marche adaptée, déplacements urbains sécurisés, solutions innovantes pour mobilité réduite.
- Liés aux recommandations de l’OMS d’au moins 150 minutes d’activité physique par semaine pour les 65+.
-
La nutrition et la prévention de la dénutrition :
- La dénutrition concerne encore 400 000 personnes âgées vivant à domicile en France (Source : Société Française de Gériatrie et de Gérontologie, 2022).
- Actions : ateliers de cuisine, éducation à la nutrition, livraison de repas adaptés.
-
L’accès aux droits et la prévention des risques liés aux fragilités économiques et numériques :
- Aide à la déclaration d’impôts, information sur les dispositifs d’assistance, lutte contre les arnaques numériques.
Les grands chantiers originaux portés par les territoires
Au-delà des axes nationaux, chaque Conférence ancre son action dans une lecture fine des besoins locaux. Quelques exemples marquants :
-
Dispositifs itinérants :
- Dans le Loir-et-Cher, un « Bus prévention seniors » va à la rencontre des habitants ruraux pour proposer des bilans de prévention, des conseils habitat, et des informations sur les droits (source : Département 41).
-
Inclusion numérique :
- En Seine-Saint-Denis, des ateliers de formation aux outils numériques couplés à un accompagnement individuel pour éviter la « fracture administrative » qui touche encore un senior sur deux (Crédit Agricole étude 2023).
-
Prévention des violences et maltraitances :
- Dans l’Hérault, une campagne départementale de sensibilisation sur la maltraitance (verbale, physique, financière) portée par la sous-commission dédiée, avec kits d’information distribués dans les foyers-logements.
-
Innovation sociale et intergénérationnelle :
- À Lyon, un projet de partages d’habitats intergénérationnels soutenu par la CFPPA, favorisant l’entraide entre étudiants et personnes âgées isolées.
Quels publics ? Une logique du « aller-vers »
Les Conférences des financeurs s’adressent principalement aux 60 ans et plus vivant à domicile, tous degrés de fragilité confondus, avec une attention spéciale portée :
- Aux plus de 75 ans, particulièrement exposés à la perte d’autonomie progressive
- Aux retraités modestes, qui cumulent précarité financière, habitat dégradé et risque d’isolement social
- Aux proches-aidants, désormais identifiés comme une cible à accompagner (ateliers de répit, formation, écoute psychologique…) : aujourd’hui, 1 Français sur 6 accompagne régulièrement un proche en perte d’autonomie (source : Baromètre BVA/France Alzheimer, 2023)
La question du repérage (comment toucher les « invisibles » ? ceux qui ne fréquentent ni clubs, ni associations, ni CCAS, ni médecins de ville ?) structure grandement les stratégies d’intervention. Le maillage avec les professionnels de terrain — aides à domicile, pharmaciens, infirmiers, bailleurs sociaux — s’en trouve renforcé.
Financements : quels montants, quels critères ?
Le financement de la prévention de la perte d’autonomie a bénéficié d’une nette montée en charge depuis 2016 avec la création d'un fonds dédié, grâce à la Casa (contribution additionnelle de solidarité pour l'autonomie).
- En 2022, les conférences ont mobilisé près de 230 millions d’euros pour plus de 14 000 actions financées au niveau national (source : CNSA, Rapport annuel 2023).
- La part la plus importante des crédits est consacrée à l’adaptation des logements et à l’équipement des habitats.
- Certains départements allouent jusqu’à 25 % de leur enveloppe à la lutte contre l’isolement social, notamment dans les territoires ruraux.
- Des appels à projets annuels permettent aux associations, CCAS, caisses de retraite ou start-up de candidater sur des actions innovantes ou des déploiements à grande échelle.
Les critères d’attribution
- L’égalité d’accès et la non-stigmatisation des actions (préférence pour les dispositifs ouverts à tous, indépendamment de l’évaluation APA ; près de 60 % des bénéficiaires n’en relèvent pas, selon CNSA).
- La dimension collective ou d’intérêt général (ex : ateliers, informations collectives, événements grand public)
- Le caractère innovant ou reproductible sur d’autres territoires
- L’efficacité prouvée par des indicateurs d’impact (taux de fréquentation, amélioration du bien-être, maintien à domicile…)
Évolutions récentes et nouveaux chantiers
-
La crise Covid-19 a mis en exergue l’impérieuse nécessité de lutter contre l’isolement et de sécuriser les parcours des personnes âgées à domicile. Beaucoup de CFPPA ont affecté une partie de leurs ressources à la distribution d’équipements de protection, à la digitalisation de certains ateliers et à l’accompagnement psychologique des seniors.
-
Le virage numérique : face à la multiplication des démarches en ligne (impôts, santé, accès aux aides), les conférences expérimentent des parcours de formation adaptés (tablettes à domicile, médiation numérique). Selon la CNIL, la « non-maîtrise des outils numériques » est citée par 31 % des personnes âgées comme première source de stress en 2023.
-
L’attention portée à la santé mentale : depuis 2021, une hausse des ateliers « bien-être et relaxation », gestion du stress, groupes de parole — sujet longtemps peu financé mais qui prend une place croissante dans les plans territoriaux.
Quels défis pour demain ?
Dans un contexte de vieillissement accéléré (près de 1 Français sur 3 aura plus de 60 ans d’ici 2040, selon l’Insee), les Conférences des financeurs vont devoir relever plusieurs défis :
-
Rendre la prévention plus accessible dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, zones rurales enclavées et Outre-mer, où la présence médico-sociale reste limitée.
-
Accorder une place croissante aux proches-aidants, et développer des dispositifs de répit efficaces, alors que les aidants familiaux jouent désormais un rôle clé dans le maintien à domicile.
-
Evaluer et mesurer l’impact des actions financées, pour garantir la pertinence et l’efficience de l’argent public, et permettre la montée en puissance des actions ayant fait leur preuve.
-
Renforcer la dynamique participative, en incluant davantage les usagers eux-mêmes et leurs familles dans la conception des projets.
L’innovation sociale, la coordination des acteurs et l’adaptation constante aux réalités territoriales resteront au cœur du dispositif.
Pour aller plus loin