Prévention et bien vieillir : un enjeu enfin central lors des événements professionnels ?

02/12/2025

Prévention et bien vieillir : un changement de paradigme dans les rendez-vous sectoriels

Longtemps réduite à une mosaïque d’initiatives peu coordonnées, la prévention prend désormais une place de choix dans la réflexion collective sur le bien vieillir. Qu’il s’agisse de congrès, de salons professionnels ou d’événements citoyens, la part consacrée à la prévention s’étoffe et se structure. Mais comment ce tournant se manifeste-t-il concrètement ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire d’observer à la fois les tendances de fond, certains chiffres parlants et les expériences partagées par les organisateurs et les acteurs de terrain.

Un constat empirique et des chiffres révélateurs

  • Un vieillissement massif de la population : Selon l’INSEE, 21,3% des Français étaient âgés de 65 ans ou plus en 2023 (source INSEE, Bilan démographique 2023). Cette proportion va continuer de s’accroître : d’ici 2040, un Français sur quatre aura au moins 65 ans. Ce contexte démographique rend la question de la prévention indispensable.
  • Poids croissant des maladies chroniques et de la perte d’autonomie : 41 % des personnes âgées de 75 à 84 ans vivent avec au moins une limitation fonctionnelle, d’après la DREES (Études et Résultats, 2022). La prévention des pertes d’autonomie et des pathologies associées devient ainsi un axe stratégique, promu par les politiques publiques et le secteur associatif.
  • Une priorité affirmée dans la loi et les plans nationaux : La nouvelle stratégie nationale « Bien vieillir 2024-2030 » consacre l’une de ses priorités à la prévention, en lien avec la refonte de la politique interministérielle de l’autonomie (source Ministère des Solidarités et de la Santé).

Ces données forcent l’adaptation des acteurs et la mutation de leurs événements. Si, autrefois, ces rendez-vous faisaient la part belle à l’innovation technologique ou à la gestion des structures, on observe désormais un recentrage sur la prévention, thème transversal s’il en est.

Comment la prévention s’inscrit concrètement dans les événements ?

Des formats renouvelés et une mobilisation globale

Le paysage événementiel a connu de profondes mutations. Les salons et congrès sectoriels comme le Salon des Seniors à Paris, le forum des pratiques en prévention de la CNAV, ou « Silver Economy Expo » mettent en avant des temps consacrés spécifiquement à la prévention et à la préservation de l’autonomie.

  • Conférences plénières dédiées : La prévention n’est plus l’objet d’un atelier isolé en marge du programme. Elle donne lieu à des conférences d’ouverture ou de clôture, mobilisant des experts, des décideurs publics et, de plus en plus, des usagers.
  • Ateliers pratiques et interactifs : La tendance est à l’expérimentation directe. En 2023, plusieurs forums régionaux ont proposé des ateliers « gestes et postures au domicile », « nutrition adaptée » ou « activité physique accessible », où les visiteurs devenaient acteurs.
  • Espaces de démonstration : Les territoires pilotes ou les fédérations innovantes présentent leurs actions sur la malnutrition, la prévention des chutes, ou la fragilité sociale, avec protocoles, résultats et témoignages (Salon SilverEco 2023).
  • Dispositifs de dépistage gratuit : L’accès à des bilans de santé, tests auditifs ou de mémoire, se multiplie (notamment lors de la Semaine Bleue), permettant à la prévention de toucher de nouveaux publics.

Ce mouvement n’est cependant ni uniforme, ni sans freins. Certains acteurs constatent une forte disparité selon les régions, et une inégale participation des professionnels de première ligne faute de moyens ou de temps.

Les thèmes phares : de la prévention santé à la prévention sociale

Dans les grands rendez-vous annuels, la prévention n’est plus réduite à l’aspect biomédical. Elle est devenue multidimensionnelle :

  • Prévention des chutes et maintien de l’autonomie motrice : Avec 400 000 chutes par an chez les plus de 65 ans, cette thématique demeure phare. Les ateliers de repérage des risques à domicile sont désormais systématisés sur les stands des fédérations ou en collectivités.
  • Nutrition et lutte contre la dénutrition : Près de 2 millions de seniors à domicile seraient concernés par la dénutrition, selon la FNADEPA. Des animations sur l'alimentation adaptée gagnent en visibilité.
  • Prévention du repli social et soutien psychologique : L’isolement concerne plus de 2 millions de personnes âgées. Les événements mettent en avant des outils pour lutter contre la solitude, comme le dispositif « Monalisa » (Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés).
  • Prévention numérique et accès aux droits : Dans un contexte de dématérialisation croissante, des ateliers d’initiation au numérique sont prioritaires dans la majorité des forums (exemple : Semaine « Unis pour l’âge » en PACA, 2023).
  • Culture et prévention : Un certain nombre d’événements, notamment locaux, mettent en avant la culture (art-thérapie, lectures publiques, pratiques musicales) comme vecteur de prévention cognitive et de lien social.

De la parole aux actes : le retour d’expérience des organisateurs et des participants

L’évolution structurelle des événements se traduit aussi dans les retours d’expérience. Du côté organisateur, les responsables de la FNAQPA et du Gérontopôle Nouvelle-Aquitaine observent que « la prévention est mieux comprise, mieux reçue, et qu’elle fédère des publics beaucoup plus variés qu’auparavant — aidants familiaux, entreprises, sociétés savantes, et même jeunes générations ».

Les participants, quant à eux, témoignent d’une utilité accrue des événements conçus sous le signe de l’interactivité. Lors du Salon des Seniors 2023, 67 % des visiteurs interrogés ont déclaré avoir découvert une solution concrète de prévention, qu’il s’agisse d’activités physiques adaptées, de nouveaux usages numériques ou de dispositifs pour la socialisation (source : enquête Salon des Seniors Paris 2023).

Selon une enquête menée par France Assos Santé en 2023*, les seniors attendent désormais d’un événement qu’il leur permette non seulement de s’informer, mais surtout de repartir avec des outils concrets, à appliquer chez eux ou dans leurs réseaux sociaux.

  • Exemples cités : guide sur la prévention des escarres à domicile, séances guidées d’équilibre, trames d’ateliers de prévention à répliquer en résidence autonomie, contacts de réseaux de bénévoles locaux, etc.

Pour les professionnels, ces événements deviennent des laboratoires vivants : rencontres de pairs, retours sur des expérimentations, évaluation d’outils pédagogiques ou d’applications électroniques, échanges avec des start-up de la « silver economy ».

Facteurs de succès et obstacles persistants

Succès : convergence, inclusion et ancrage territorial

  • Mise en réseau localisée : Les événements qui associent collectivités, associations, établissements, et usagers connaissent une fréquentation croissante. L’intégration d’acteurs « non institutionnels » (clubs sportifs, médiathèques) favorise l’essaimage de pratiques préventives variées.
  • Adaptation culturelle et linguistique : Certains salons adaptent leurs supports ou ateliers à des publics peu francophones ou précaires, ce qui accroît la portée de la prévention.
  • Mixité intergénérationnelle : Des initiatives invitent les plus jeunes à devenir « ambassadeurs de la prévention » (projets intergénérationnels du CCAS de Strasbourg, 2023), contribuant à faire de la prévention un sujet de société.

Obstacles : temps, budgets, fracture numérique et inégalités territoriales

  • Temps restreint : Les professionnels — aidants à domicile, infirmiers — manquent souvent de disponibilité pour participer hors temps de travail, limitant l’impact de certaines innovations.
  • Fracture numérique : La digitalisation de nombreux événements, accélérée pendant et après la crise Covid-19, laisse de côté les publics les plus isolés ou peu équipés.
  • Disparités régionales : Certains départements ruraux pâtissent d’un déficit d’animations ou de coordination, tandis que les métropoles innovent d’avantage.
  • Financements fluctuants : La pérennité des initiatives locales dépend souvent de subventions ponctuelles (ex. conférences ateliers financées par ARS ou CNAV sur 1 à 2 ans).

Où va la prévention ? L’émergence d’événements « participatifs »

Les tendances récentes pointent vers une démocratisation des événements de prévention, à rebours d’une approche trop institutionnelle ou descendante. Depuis deux ans, on voit fleurir les « journées citoyennes d’action » (JCA), formats hybrides mêlant co-construction, expérimentations de terrain et ateliers thématiques élaborés par les usagers eux-mêmes.

Certains territoires pionniers, comme la région Pays de la Loire ou l’agglomération de Reims, associent associations d’usagers, collectivités et start-up pour bâtir des « villages de la prévention », ouverts hors des temps forts nationaux. La volonté : faire sortir la prévention des murs et la placer au cœur de la vie quotidienne (marchés, fêtes de quartier, etc.).

La prévention se diffuse aussi via les réseaux numériques : webinars, formations en ligne, ateliers interactifs, partager une ambition : toucher ceux qui ne se déplacent pas, rompre la fracture de l’accès au savoir et initier des pratiques durables.

Le défi qui demeure ? Faire de chaque événement un point de départ pour promouvoir dans la durée les bons réflexes, l’accompagnement collectif, et non un simple temps fort annuel.

Ouverture sur l’avenir : renforcer l’impact collectif de la prévention

Aujourd’hui, la prévention a trouvé sa place, mais ne doit pas s’y installer en simple siège passager. Pour qu’elle devienne moteur de transformation, les événements devront poursuivre leur ouverture, développer des formats encore plus accessibles et participatifs, et garantir l’inclusion des publics les plus éloignés. Les professionnels, quant à eux, expriment le besoin de mutualiser davantage leurs réussites locales et de valoriser les innovations du terrain, pour que le « bien vieillir » ne soit plus seulement un concept, mais un réel levier d’action, accessible à tous.

Les témoignages, l’évolution des contenus et la croissance des événements portant une dimension préventive témoignent d’une dynamique positive. Il appartient désormais à chaque acteur — collectivités, associations, établissements, citoyens — d’en faire une priorité commune, sur le terrain comme dans les discours. Le pari du bien vieillir passera, plus que jamais, par l’ancrage de la prévention dans la vie quotidienne et le tissu social, partout en France.

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