La dynamique de la co-construction locale dans les rencontres régionales : logiques, méthodes et leviers

08/07/2025

Comprendre l’environnement des rencontres régionales dans le secteur du bien-vieillir

Les rencontres régionales occupent une place singulière dans le paysage des services à la personne, de la santé, de l’autonomie et du bien-vieillir. Derrière cette appellation, on découvre une mosaïque d’initiatives : salons, journées professionnelles, colloques, ateliers territoriaux. Leur point commun ? Rassembler, sur une même scène, décideurs, professionnels du terrain, usagers, chercheurs, associatifs, élus, entreprises, pour débattre, apprendre, innover.

Loin de se contenter de mettre à l’honneur des démarches descendantes et centralisées, l’époque actuelle voit s’imposer une logique de co-construction. Chaque région, chaque territoire, chaque structure peut (et doit) faire entendre sa voix et modeler l’événement à son image. Cette mutation s’accélère, portée par deux défis majeurs :

  • La fragmentation persistante des acteurs et la difficulté de circulation de l’information (source : DREES, 2023).
  • La nécessité d’adapter finement les réponses aux enjeux locaux, qu’il s’agisse de la pénurie des professionnels, du vieillissement accéléré ou des attentes nouvelles des usagers (France Stratégie, 2022).

Pourquoi co-construire plutôt que décider en amont ?

Co-construire, ce n’est pas simplement ajouter des consultations symboliques au processus d’organisation. C’est un changement de paradigme qui vise :

  • À renforcer la pertinence et l’efficacité des événements.
  • À favoriser l’appropriation par l’ensemble des parties prenantes.
  • À créer un partenariat pérenne, au service des solutions territoriales.

Par exemple, lors des Journées Régionales de l’Autonomie organisées en octobre 2023 par l’ARS Nouvelle-Aquitaine, plus de 50 intervenants issus de métiers variés (soins, aide à domicile, collectivités, start-up, représentants de proches aidants) ont participé à l’écriture des contenus via des ateliers préparatoires ouverts (ARS Nouvelle-Aquitaine).

Les étapes clés de la co-construction des programmes

On observe un certain nombre d’étapes et de pratiques communes dans la démarche de co-construction :

  1. Identification des priorités locales
    • Diagnostic partagé issu des données territoriales (carence de structures, besoins émergents, attentes non couvertes).
    • Recueil d’avis via questionnaires ou réunions d’expression des besoins (notamment auprès des usagers et familles).
    • Analyse croisée des remontées du terrain par des groupes interprofessionnels (exemple : GCSMS, conseils départementaux).
  2. Mise en place de comités d’organisation pluralistes
    • Inclure systématiquement des représentants des usagers, aidants, et des associations de terrain aux côtés des institutionnels.
    • Exemple du Collectif national “Les Assises du CARE 2022” : 1/3 des membres du comité étaient issus du secteur associatif.
  3. Animation d’ateliers de co-conception
    • Sessions collaboratives, facilitation par des méthodes issues de l’intelligence collective (World Café, forum ouvert, design thinking).
    • Production de cartes de sujets : chaque table propose des thématiques, des angles et des intervenants potentiels, ajustés aux réalités locales.
  4. Validation ouverte des grandes lignes du programme
    • Publication du projet de programme, ouvert à consultations publiques ou à des retours via plateformes dédiées.
    • Intégration des remarques de la communauté professionnelle ou citoyenne – jusqu’à la version finale.
  5. Capitalisation et retours d’expérience
    • Organisation de débriefings collectifs pour ajuster les démarches futures.
    • Diffusion de synthèses et de recommandations.

Quels outils concrets facilitent la co-construction ?

Plusieurs outils, numériques ou non, s’avèrent particulièrement efficaces :

  • Cartes interactives des ressources et besoins : la cartographie dynamique permet d’objectiver les attentes, de montrer les zones blanches (ex : plateforme action-sociale.org).
  • Forum en ligne et espaces de contribution : accessibles à tout type d’acteur, ces outils recueillent, modèrent et valorisent les suggestions (ex : outils Mobilize, Assembl).
  • Sondages rapides ou dispositifs d’appel à idées : ils ouvrent la porte à l’innovation ascendante – en 2022, 1 rencontre sur 3 dans le champ social a reposé sur ce format collaboratif (Observatoire CNAF, 2023).
  • Groupes WhatsApp ou Slack dédiés : pour maintenir un fil direct d’échanges et encourager un climat de réactivité et d’entraide – particulièrement apprécié dans les zones rurales.

Des exemples concrets à travers la France

  • Grand Est : Agir ensemble pour l’autonomie

    En 2022, à Mulhouse, la rencontre régionale “Agir ensemble pour l’autonomie” a été intégralement co-conçue avec la Conférence des financeurs, les collectifs d’aidants et les structures d’aide à domicile. 42% du contenu a été proposé par des acteurs locaux et 30% des ateliers animés par des personnes concernées (source : AG2R La Mondiale, 2023).

  • Pays de la Loire : Inclusion et ruralité

    La coordination départementale pilotée par la FESP (Fédération du service aux particuliers) a misé sur des rencontres itinérantes, organisées à partir de remontées issues d’un réseau de 120 structures locales, avec des formats courts et participatifs. Cela a permis de faire émerger des thématiques inédites, telles que “la mobilité inclusive” ou “le rôle des voisins solidaires” (FESP, 2023).

  • Île-de-France : Les Innovateurs du domicile

    L’édition 2023 a accueilli des représentants d’entreprises, d’EHPAD, de bailleurs sociaux et d’établissements de formation, réunis lors d’ateliers préparatoires. Les étudiants d’un IRTS local ont même participé au choix des intervenants et à la scénographie du plateau – un premier dans la région selon le rapport régional URIOPSS.

Enjeux de la co-construction : au service d’une intelligence collective territoriale

Derrière la pluralité des formats et des outils, on observe l’émergence de dynamiques structurantes :

  • Découvrir et valoriser des solutions alternatives : Les rencontres co-construites jouent un rôle d’amplificateur, elles mettent sur la scène publique des solutions développées localement (habitat inclusif, dispositifs d’entraide intergénérationnelle, services numériques sur-mesure) et favorisent leur transposabilité ailleurs.
  • Favoriser le renouvellement des intervenants : Les démarches qui associent de nouveaux profils (étudiants, aidants familiaux, entrepreneurs sociaux) contribuent à dépoussiérer les panels et à renouveler les idées, là où les énergies se renouvellent difficilement.
  • Renforcer l’appropriation des décisions : Les acteurs, impliqués en amont, se sentent partie prenante dans la réussite collective de l’événement. Cela limite la défiance et encourage la participation ensuite dans les réseaux locaux.
  • Susciter des alliances inédites : Des mises en relation inattendues voient le jour : mutuelles et start-up, centres sociaux et mairies rurales, municipalités et collectifs citoyens. C’est une bonne pratique pour sortir du “chacun chez soi” qui caractérise trop souvent le secteur.

Des freins persistants… et des leviers pour aller plus loin

Si la co-construction des rencontres régionales fait de vrais progrès, quelques écueils récurrents subsistent :

  • Manque de temps et de ressources pour rendre le dialogue vraiment inclusif.
  • Difficulté à atteindre les publics dits “éloignés” (aidants isolés, petites structures associatives non connectées).
  • Tentation de reproduire les formats existants et de céder devant l’argument d’autorité institutionnelle.
  • Diversité des cultures professionnelles, qui oblige à “traduire” les attentes pour chaque public (personnes âgées, professionnels du handicap, élus, communauté éducative…).

Des leviers se dessinent cependant :

  • Mobiliser des facilitateurs externes ou des agences de design social reconnues (par exemple, Coexister Conseil, La 27e Région).
  • Instaurer un droit à l’expérimentation : tester de nouveaux formats, accepter l’imprévu et le “hors format” pour faire émerger des idées vraiment nouvelles.
  • Oser l’intergénérationnel, grâce à l’implication des lycées, écoles, universités – un facteur d’innovation encore sous-exploité.
  • Rendre visibles les productions issues de ces rencontres (podcasts, synthèses, mini-reportages vidéo) pour élargir l’impact au-delà du seul jour J.

Vers une nouvelle culture partagée de l’innovation territoriale

La co-construction des programmes de rencontres régionales ne relève pas de l’utopie ou de l’idéal : il s’agit d’une transformation à l’œuvre, nourrie par l’exigence d’agir ensemble face à la complexité des défis du secteur médico-social et du bien-vieillir. Chaque territoire invente, trébuche, réajuste, s’inspire des autres – et contribue à une culture commune de l’innovation collaborative, où les murs tombent entre professionnels, acteurs publics et citoyens. La prochaine étape ? Faire de ces démarches une norme, et non l’exception.

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